Instabilité et luxation d’épaule
Description de la pathologie
L’épaule est l’articulation la plus mobile du corps, mais aussi celle qui se luxe le plus souvent. La luxation correspond au déboîtement de la tête de l’humérus, qui sort de son logement (la glène de l’omoplate). Dans plus de 9 cas sur 10, la tête de l’humérus se déplace vers l’avant (luxation antérieure), à la suite d’une chute ou d’un traumatisme sportif, le bras étant en l’air et en arrière.
Lors de la luxation, le bourrelet (labrum) et les ligaments qui stabilisent l’articulation se déchirent (lésion de Bankart) et la tête de l’humérus peut être marquée par une encoche osseuse. Ces lésions cicatrisent souvent mal : l’épaule devient alors instable, avec des luxations ou des subluxations qui se répètent pour des gestes de plus en plus anodins. Le risque de récidive est d’autant plus élevé que le patient est jeune et sportif.
Les symptômes
- Luxation : douleur vive, déformation de l’épaule et impossibilité de bouger le bras. Elle nécessite une prise en charge en urgence.
- Subluxation : sensation que l’épaule « sort » puis se remet en place toute seule.
- Appréhension : crainte que l’épaule se déboîte lors des gestes d’armer du bras (lancer, service au tennis, bras en l’air et en arrière).
- Douleurs de l’épaule à l’effort, qui sont parfois la seule manifestation de l’instabilité.
- Fourmillements ou perte de sensibilité sur le côté de l’épaule en cas d’étirement du nerf axillaire.
Les examens à avoir
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire (nombre et circonstances des épisodes, sport pratiqué) et sur l’examen clinique, qui recherche une appréhension et une hyperlaxité des ligaments.
Les examens complémentaires sont :
- Radiographies : elles confirment la luxation, vérifient sa bonne réduction et recherchent une fracture associée, une encoche de la tête de l’humérus ou une lésion osseuse de la glène.
- Arthroscanner ou arthro-IRM : ils font le bilan précis des lésions du bourrelet, des ligaments et de la perte osseuse. Ils guident le choix de la technique chirurgicale.
- Échographie ou IRM : après 40 ans, elles recherchent une rupture associée des tendons de la coiffe des rotateurs.

Les traitements
Le traitement en urgence
Une épaule luxée doit être remise en place rapidement, par un médecin, après une radiographie. La réduction se fait sous antalgiques ou sous une courte anesthésie. L’épaule est ensuite immobilisée coude au corps dans une écharpe pendant quelques semaines.
Le traitement médical
Après un premier épisode, le traitement repose le plus souvent sur la rééducation :
- Récupération des mobilités : dès la fin de l’immobilisation.
- Renforcement musculaire : muscles de la coiffe des rotateurs et muscles stabilisateurs de l’omoplate.
- Travail proprioceptif : pour réapprendre à contrôler l’épaule dans les positions à risque.
- Reprise progressive du sport : une fois la force et la confiance retrouvées.
Le traitement chirurgical
Une stabilisation chirurgicale est proposée en cas de récidive, ou dès le premier épisode chez un patient jeune pratiquant un sport à risque. Deux techniques sont principalement utilisées :
- Intervention de Bankart sous arthroscopie : le bourrelet est réinséré et les ligaments sont retendus à l’aide de petites ancres, par de petites incisions.
- Butée coracoïdienne (intervention de Latarjet) : un fragment osseux (la coracoïde) est fixé à l’avant de la glène pour empêcher la tête de l’humérus de sortir. Elle est privilégiée en cas de perte osseuse, de sport de contact ou de risque élevé de récidive.
L’intervention se fait le plus souvent en ambulatoire, sous anesthésie générale associée à une anesthésie loco-régionale. Le bras est immobilisé dans une écharpe pendant quelques semaines, puis la rééducation permet de récupérer progressivement la mobilité et la force.
La reprise des sports à risque est généralement possible entre 3 et 6 mois après l’intervention, selon la technique utilisée.